PAPA THOMPSON

Le patriarche

De son vrai nom MANDINGUE THOMPSON, réfugié dans un bateau comme un clandestin, il débarqua en Allemagne après avoir frappé un policier allemand qui tentait de l’arrêter alors qu’il faisait son business sur un bateau ancré au port de Douala. Le Cameroun était encore une colonie allemande. Ce geste lui aurait coûté la pendaison. Le simple fait de ne pas dire bonjour en enlevant son chapeau et en faisant la révérence à un colon de l’empire germanique vous valait déjà vingt cinq coups de matraque aux fesses, la tête enfoncée dans un tonneau rempli d’eau, suivi d’une incarcération pendant laquelle on subissait des tortures indescriptibles.

PAPA THOMPSON épousa une allemande et eut deux garçons avec elle. Il s’installa ensuite à Paris et s’illustra dans la chanson et la composition.

Un jour à Bruxelles, en rentrant dans sa chambre d’hôtel après un gala, il se trouva en face de SATAN. Prit de panique, il sauta par la fenêtre et après une chute de deux étages se retrouva sur la cour de l’hôtel, dans cinquante centimètres de neige. Charles LIMBE qui était en tournée avec lui vola à son secours et le ramena dans la salle de réception. Que se passe-t-il, demande Charles. Man, répondit PAPA, j’ai vu le diable en personne. Charles le raccompagna dans sa chambre et le quitta. PAPA revit le malin et ressauta par la fenêtre et  refit un atterrissage en douceur dans le manteau de neige.

Cette fois-ci Charles  lui tint compagnie toute la nuit et il n’y eut plus d’incident.

Nous eûmes la confirmation de cette histoire un jour où Paul EBENY, Dicky NDOUMBE et moi répétions à Paris avec PAPA et Charles avant une soirée que nous devions animer. Alors que le doyen prenait tout son temps pour nous expliquer ses arrangements, Charles LIMBE, stressé lui dit :

-PAPA dépêche-toi, avant que tune revoies le Diable !

Nous avons éclaté de rire et avons demandé la confirmation de cette histoire à notre doyen. Il nous la raconta comme si cela s’était produit la veille, avec beaucoup d’émotion. Quelle histoire !

Ne l’ayant pas entendu depuis un moment, nous partîmes rendre visite à PAPA THOMPSON au Boulevard de Clichy où il vivait avec sa petite famille, non loin de la place Pigalle. Nous fûmes surpris de voir le doyen dans la cour, par terre, étranglant l’un de ses enfants avec son bras droit, le deuxième sous le bras gauche, et sa femme lui enfonçant la pointe de son parapluie dans les flancs, sous la pluie. Nous avons séparé les belligérants et ramené la paix dans cette famille.

-         Que se passe-t-il , avons nous demandé.

-         Je dois montrer à ces enfants que je suis toujours le seul maître à bord après DIEU dans ma maison. Chaque fois que j’ai une dispute avec mon épouse,

mes enfants s’en mêlent et veulent se battre avec moi.

Il faut dire que le doyen était un sacré gaillard, une force de la nature, le Deïdo boy. Deïdo est un quartier révolutionnaire de Douala qui a toujours eu sa propre milice pour faire régner

Ce n’est plus de ton âge, PAPA , il avait plus de quatre vingt ans déjà . Nous les conduisîmes dans leur appartement.

Le calme revenu, PAPA THOMPSON nous offrit un pot, nous raconta qu’il avait encore perdu au tiercé alors qu’il avait deux chevaux dans un ticket et le troisième dans un autre. Après avoir passé l’après-midi avec lui, nous lui avons dit au revoir, en lui priant de nous promettre d’être sage.

Nous lui devons NA SENGI NA et MBOA qui furent enregistrés, popularisés et déclarés à la SACEM par Manu DIBANGO. Plus tard, nous avons aidé PAPA THOMPSON à intervenir auprès de la société des auteurs pour que ses compositions lui soient rétrocédées et les sommes perçues par Manu remboursées à l’ayant droit légitime. Justice fut faite et notre doyen pût enfin jouir de ses droits d’auteur.

Voici le texte de ces deux chansons :

 

Na sengi na di ma bolane

Na gi ’nyol’a ngo, di ma bolane

Na sengi na di ma bolane

Na sengi ’nyol’a ngo, di ma bolane

Bito ba londi mundi, o’i pule,

We nde wasa ba bato di ma bolane

Bito ba londi mundi, o’ pule

Wen te munja moto, nd’o bupe.

Na sengi miango bobe o nyola’ngo,

Na nanga ndoti bulu ’nyola’ngo

Oh koh, di ma bolane.

Oh koh, di ma bolane

 

 

 

Ce qui signifie:

J’ai entendu qu’il se passe quelque chose.

J’ai entendu à ton sujet qu’il se passe quelque chose.

Il y a plein de femmes dans le pays, tu ne les cherche pas,

Tu ne fais que courir les femmes des autres.( bis )

J’ai eu écho de mauvaises nouvelles te concernant.

J’ai fais des cauchemars la nuit sur toi.

Oh la la, quelle histoire ( bis )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans MBOA, PAPA THOMPSON a su mieux que personne trouver les mots pour décrire la nostalgie d’un artiste exilé, et qui ne cesse de penser à son pays lointain, à tous les siens qui y sont restés. Il se sentait abandonné, voire puni ( il le dit dans sa chanson ). Voici le texte de ce chef d’œuvre :

 

MBOA

Mboa, n’ongèlè mboa,

Tik’ami nya mboa

E kokisè mba

O ten, ba ndolo bami,

Ba jai ba mengele, mba tomba mboa.

Wenge, n’ongele mboa,

Tik’ami nya mboa

E kokise mba.

O ten, ba ndolo bami,

ba jai ba mengele,

mba timba mboa.

Son timba, timba mboa.

 

 

Traduction :

Mon pays,

Je pense à mon pays,

Mon pays que j’adore

M’inflige une punition.

Là-bas, mes chers compatriotes,

Sont réunis et attendent, que je retourne au bercail.

Aujourd’hui, je pense à mon pays,

Mon pays adulé,

M’a infligé une punition.

Là-bas, mes chers compatriotes,

Sont réunis et attendent, que je retourne au bercail.

PAPA THOMPSON nous quitta au début des années 80. Lui qui n’avait qu’une seule prière, celle de ne pas mourir à Babylone et de retourner un jour à son cher pays natal, le Cameroun et d’y retrouver les siens repose à Paris. Je suis sûr que de là haut, il pense toujours à nous et à sa terre natale.

PAPA, repose en paix, tu es toujours vivant dans nos cœurs.