PAUL EBENY  

KINGUE  JOHNSON  Paul Ebénézer , dit PAUL EBENY est né en 1942 à Douala Cameroun.

Très tôt il fut frappé par la maladie de la musique. Il a commencé à pianoté sur l’harmonium de son père qui normalement était réservé à la musique sacrée. Son papa comptable était un homme très religieux et chez-nous, la religion et la musique sont inséparables. Nous y apprenons à chanter et pour ceux qui en ont la chance, à jouer d’un clavier .

Au  tout début des années 60, PAUL EBENY qui chantait  avec l’orchestre SONOR BAND

Du saxophoniste WONJA MOUSSIO ( la génération de nos parents ) avec NSEKE CALVIN à la guitare, a fondé son premier groupe avec les garçons de son âge. Cet orchestre de jeunes s’appelait AMBIANCE JAZZ.

Les principaux membres de ce groupe étaient : PAUL EBENY ( chant et maracas .),

Willy le DIABLE ( congas et chœurs ). TCHATCHOUA ( lead guitar ). Jean DIKOTO MANDENGUE  ( guitare rythmique ). Plus tard apparut Willy le PAAPE à la guitare solo.

Il y avait aussi DICKA et KOSSI au chant et DEBELLE aux percussions. Dicky NDOUMBE rejoignit le groupe à la guitare basse. De temps à autre, Jean KEUTCHABIA, guitare solo sans étiquette venait  faire le bœuf.

Alors que nos aînés en étaient encore à la musique coloniale, nous avons commencé à jouer la musique africaine et nos propres compositions. C’était l’avènement de l’indépendance des pays africains. Il montait de LEOPOLD VILLE ( KINSHASA ) et de tout le CONGO ex-belge (République Démocratique du CONGO ) un parfum de révolution qui embauma la musique de ce pays. Ce parfum se répandit ensuite sur toute l’Afrique de l’ouest par la voix  de la radio et ensuite par les disques de leurs artistes qui ont ensuite inondés toute l’Afrique noire. C’est ainsi que nous découvrîmes KABASSELE et ROSSIGNOL de l’orchestre AFRICAN JAZZ avec un certain Docteur NICO à la guitare solo et DECHAUD à la guitare rythmique. LUCIE EYENGA qu’on disait d’origine camerounaise était la seule voix de femme qui émergeait dans ce milieu plutôt masculin. Il y avait aussi l’orchestre ROCKA MAMBO, l’orchestre MAKINA LOKA et l’émergence de l’O.K. JAZZ avec le jeune FRANCO, un géant de la guitare africaine qui réveilla en moi la passion de la guitare électrique. Puis vint l’orchestre BANTOU de Brazzaville avec ESSOUS SERGE, NINO MALAPE, PAPA NOEL ( le premier qui fit vraiment un solo jazzy sur sa guitare dans leur morceau BANTOU DE LA CAPITALE ) et qui avait déjà roulé sa bosse dans beaucoup d’orchestres cités précédemment. PANDI (vieux BEN ) jouait des conges chez les BANTOU.

Je n’ai jamais compris pourquoi la plus part de ces ensembles avait le mot JAZZ collé à leur nom. Sûrement parce qu’ils connaissait l’existence du jazz et que tout comme chez les américains, une musique noire et révolutionnaire avait vu le jour en Afrique coloniale où L’homme blanc et sa culture régnaient en maître !

On pouvait aussi apprécier le HIGH LIFE, musique venue du NIGERIA et du GHANA qui avait une autre couleur.

PAUL EBENY qui parlait un peu lingala s’est mis à interpréter les musiques venus du Congo.

Ses propres compositions avaient aussi la saveur de ce pays.

Alors qu’il n’y avait plus de maison de disques au Cameroun depuis des décennies, PAUL EBENY sortit son premier 45 tours, accompagné de l’AMBIANCE JAZZ grâce à BEDROSSIAN, un colon qui tenait entre autre un magasin de disques et d’instruments de musique à Douala. Le titre principal était AMBIANCE MERENGUE.

Le disque est sorti sous le label PATHE MARCONI.

Le MERENGUE, musique venu d’Amérique latine avait fortement influencée le CONGO qui nous le retransmettait.

En 1962, Manu DIBANGO qui avait fuit LEOPOLD VILLE pour raison de sécurité vint s’installé au Cameroun avec ses musiciens congolais dont AUGUY à la guitare et BRUNO aux percussions. Paul EBENY allait souvent faire la jam session avec  eux.

La même année, Paul et moi décidions d’organiser le premier concours d’orchestres du pays.

Il y avait désormais une multitudes de groupes musicaux qui se disputaient la suprématie.

Avec mon groupe de jeunes musiciens le ROCK’ N CHACH ( parce que en plus de la musique africaine nous jouions aussi le Rock’ N Roll  venu des USA et le CHACHACHA, toujours venu d’Amérique latine), j’étais le principal rival de Paul EBENY

 

LA BATAILLE DU CONCOURS D’ORCHESTRES

 

Paul et moi pour le concours avions contacté tous les groupes, la presse du Cameroun, Radio Douala et son animateur principal André NGUANGUE, les brasseries du Cameroun, KODAK,

BEDROSSIAN et d’autres sponsors qui nous ont soutenus. La salle du FOYER DE LA JEUNESSE de Douala nous fut gracieusement offerte pour cet événement.

D’un commun accord, tous les orchestres ont choisit de jouer sur les mêmes professionnels prêtés gracieusement par le SONOR BAND bien qu’ils aient refusé de participer au concours.

Paul se chargeait d’apporter et de restituer les instruments.

Parmi les groupes il y avait NELLE EYOUM, EPEE MBENDE RICHARD ( EPEE D’OR), l’UVOCOT JAZZ ( union des voix côtières), Claude MILLA.…

Chaque groupe devait jouer deux morceaux à chaque passage ( il y en avaient deux ) et recevoir une note du jury constitué par les représentants des sponsors que nous avions contacté.

Paul EBENY et l’AMBIANCE JAZZ ouvraient la marche à chaque passage. La première partie du concours se passa comme de bien entendu.

Pour la deuxième partie, le passage de l’AMBIANCE JAZZ se transforma en concert. L’orchestre enchaîna morceau sur morceau et au bout d’une demie heure, remercia le public en leur disant au-revoir. Ils devaient se rendre de toute urgence à BONAPRISO où ils devaient se produire le soir même. Il était à peu près 16 heures locales. Le public applaudit, le rideau tomba. Derrière le rideau, les musiciens débranchaient et emballaient les instruments. Il n’ avait que ce matériel pour tous les musiciens !

Désolés les amis, dirent ils, mais nous devons partir.

Alors éclata une bagarre générale. Un de mes collègues tira le rideau qui s’ouvrit non plus sur un orchestre prêt à jouer , mais sur un spectacle inattendu.

Je pris le micro pour une expliquer ce qui se passait.

Les sponsors vinrent séparer les pugilistes. Ainsi s’acheva le premier concours d’orchestre camerounais. La fête se termina en bataille rangée dans les du quartier du FOYER DE LA JEUNESSE. Mes musiciens et moi profitons du chaos pour aller récupérer les prix et les lots offerts par les sponsors chez les parents de Paul. Le butin ainsi récolté se retrouva chez-moi.

Nous avons pris quelques bouteilles de bière, de jus de fruits et de limonades et nous les avons offertes aux belligérants, à l’exception des musiciens de l’AMBIANCE JAZZ.

Ces derniers ne s’avouaient pas vaincus. Il montèrent une expédition punitive pour venir nous reprendre le butin. Nous les attendions de pieds ferme, car dans mon groupe j’étais avec TOBBO THOMAS ( ex délégué du gouvernement à Douala ), mon percussionniste, les seuls étudiants. EDJANGUE Manfred dit BOBO le berlinois, mon bassiste était un jeune travailleur. Les  autres membres du groupe étaient des enfants du quartier MOZART, qui n’allaient plus à l’école et se débrouillaient dans le quartier. Le genre que les gens bien pensant appellent voyous. La mère à Paul EBENY, devant cette escalade de violence, suivit la bande à son fils, tout en essayant de les ramener à la raison. Une fois chez-moi, les émeutiers furent reçus par Madame Christiane DIN BELL ( née TITI NDOUMBE ) ma très chère maman. Elle connaissait très bien tout ce monde là. Que se passe-t-il, demande-t-elle.

La mère de Paul et ma maman se connaissaient très bien puis qu’ apparentées. Ma mère me présenta à celle de Paul comme étant son fils aîné. La maman à Paul se mit à crier. Elle demanda le silence de la foule et l’obtint. Puis elle expliqua que d’être le fils de  TITI NDOUMBE faisait de moi le cousin à Paul EBENY, donc notre affrontement était un combat fratricide. A cette révélation, le calme revint. Nous noyâmes le poisson avec le reste de la boisson que mon groupe avait confisqué. Nous fîmes la paix et chacun rentra chez-lui.

Quelle aventure. Ils sont fous, ces jeunes camerounais !

Peu après cet évènement, la plupart des musiciens de l’AMBIANCE JAZZ quittèrent le pays et tentèrent l’aventure de la métropole. La France ,ce pays de rêves où certains rêves se transforment en cauchemars !

Resté désormais seul avec Willy le DIABLE, Paul n’avait plus d’autre choix que de fusionner avec mon orchestre. Ce fut la naissance du groupe ROCK AMBIANCE. A la fin de cette saison de pluie de 1962 (qui correspond à l’été en Europe), les parents de Paul EBENY l’envoyèrent finir ses études à Paris où il sortit son deuxième 45 tours, accompagné par une partie de ses musiciens et les BANTOUS de PARIS, sous la direction et les arrangements de BIX.

Ils enregistrèrent AMIO, DIMENDE PETE JENENE

L’année d’après, le Président de la République du moment , son Excellence El Hadj Amadou AHIDJO reprit notre idée et organisa le premier et unique concours national d’orchestres du Cameroun. doté d’un premier prix de 3 millions de francs CFA.

A la fin du concours dans ma région, mon orchestre fut classé second devant un public déçu qui a copieusement hué le jury dirigé par André NGUANGUE. Les spectateurs ne comprenait pas pourquoi l’orchestre des jeunes ( mon groupe) n’était pas classé premier. L’animateur expliqua que notre musique était trop cosmopolite, avec des accents jazzy et afro-cubains.

La finale se déroulait à Yaoundé l’été 1964. Il y avait une nouveauté dans le concours. En plus d’une composition originale, chaque groupe devait écouter et mémorisé un thème de jazz, le jouer le plus fidèlement possible en ajoutant une improvisation sur le thème. Pour nous cela signifiait la victoire à coup sûr.

Mon père qui suivait tous ces évènements avec beaucoup d’inquiétude pour mon avenir ( il ne fallait surtout pas que je sois un musicien professionnel ) était sûr que le premier prix était pour mon orchestre sans aucun doute. Il m’envoya faire mon passe-port et mon visa à Yaoundé. Deux jours après je revenais à Douala et une semaine plus tard j’étais expédié à Paris sans aucun bagage. Coupé de tous mes amis dont je n’avais aucune nouvelle, je n’ai jamais su la fin de cette histoire.

Je retrouvait donc à Paris mon cher cousin Paul EBENY et la colonie des musiciens camerounais de Paris. Je suis arrivé à temps pour l’enregistrement de son 3°45 tours. Ce fut la première séance de studio de ma vie. Manu DIBANGO a dirigé l’orchestre et assuré les arrangements.

Nous avons enregistré ma première composition : MAMA MAMA, dédiée à ma chère maman, celle-là même dont l’intervention avait contribué à la fin des hostilités qu’avait engendrées le concours d’orchestre.

Cet hommage à ce frère pas très connu montre que dans l’histoire de la musique africaine contemporaine il y a des illustres inconnus qui ont contribué à son évolution. Je conclurai en disant que Paul EBENY, expert comptable, était un fan inconditionnel de RAY CHARLES. Il avait la collection entière du GENIUS.

 

JO TONGO